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Halle aux sucres de Dunkerque

Le projet architectural

De l’entrepôt des sucres au projet Halle aux Sucres

À la fin du XIXe siècle, le port de Dunkerque, troisième de France, est en pleine expansion. La nécessité de stocker des marchandises oblige la Chambre de commerce à construire un « entrepôt réel des sucres indigènes » sur le môle 1. Autorisé par décret du 26 octobre 1895 et approuvé par décision ministérielle du 3 avril 1897, le bâtiment conçu par Jules Denfer, suivi par l’architecte Paul Friesé et réalisé par l’entrepreneur dunkerquois Emile Dubuisson est bâti à partir d’août 1897, mis en exploitation en novembre 1898 et terminé en janvier 1899.

Une surface d’environ 18 000 m² sur quatre niveaux permet le stockage de 230 000 sacs de 100 kilos. Un deuxième entrepôt identique, mis en service en mars 1902, ne survivra pas au second conflit mondial alors que le premier, endommagé par les bombardements, est remis en état avec une perte de 5000 m² dans sa partie nord. Après les sucres, la halle recevra des marchandises diverses, du café, abritera le siège de la Chambre de commerce et d’industrie de Dunkerque… Avec l’évolution des trafics portuaires, il est peu à peu délaissé, désaffecté en partie au début des années 1990 et accueillera quelques entreprises. La réhabilitation de cette « Halle aux Sucres » est en cours depuis 2011, selon les plans de l’architecte Pierre-Louis Faloci ; elle s'achèvera en 2014.

Source : Centre de la mémoire urbaine.

Le projet architectural

La Halle aux Sucres est un témoin de la première révolution industrielle, une époque où des bâtiments nouveaux, grands moulins, usines, hangars, d’une échelle nouvelle, ont vu le jour. Tous ces nouveaux programmes ont bouleversé la monumentalité traditionnelle. Jusqu’alors, la taille était proportionnée à l’importance sociale : l’église était grande, le château était grand. Les architectes ont bien essayé, par le recours aux ornements historiques, de conférer à ces bâtiments d’usage une monumentalité en relation à leur taille inhabituelle. C’est ainsi que les grands moulins se sont trouvés grimés en manoir, les châteaux d’eau en beffroi, les silos à grain en fortin, etc.

L’échelle de cette halle est à la fois son atout et son handicap. Telle qu’elle est, la halle est un géant solitaire, introverti, un plateau dans l’espace immense du port. Notre intervention consiste à ouvrir ce relief à la ville, pour en faire l’observatoire du changement urbain. Le parti architectural consiste à proposer un dispositif unificateur qui décline une triple stratégie d’intervention :

  • ménager et renforcer la poétique propre de la halle et sa monumentalité ;
  • offrir une première impulsion à la requalification urbaine et paysagère de cette tranche de quartier portuaire ;
  • répondre aux exigences fonctionnelles et environnementales d’un équipement du XXIe siècle.

Source : Pierre-Louis FALOCI, février 2011

Une réalisation dans le cadre du projet Cœur d’agglomération

À la fin des années 1980, la ville de Dunkerque a sollicité les urbanistes Richard Rogers et Mike Davies pour reconquérir des espaces portuaires devenus friches industrielles. Le masterplan réalisé alors a permis de mettre en œuvre le projet Neptune, qui a conduit notamment aux importantes réalisations du Grand Large, sur le site des anciens Ateliers et Chantiers de France. Aujourd’hui, la réflexion se prolonge sous la direction de Joan Busquets, maître d’œuvre de la transformation de Barcelone. Le projet Cœur d’agglomération vise ainsi à densifier le centre-ville, notamment en utilisant les espaces portuaires proches.

C’est ainsi que le projet Halle aux Sucres a pris corps sur le Môle 1, vaste espace de 8 hectares idéalement situé à une entrée du centre-ville. À l’interface de la ville et du port, à proximité immédiate de la Chaussée des Darses, de la gare TGV et de l’université, ce môle est au centre d’enjeux urbains, touristiques et culturels. Il est voué à participer à l’animation du cœur d’agglomération avec, à terme, une mixité fonctionnelle (habitats, équipements et services de proximité, entreprises).

Signe de son inclusion urbaine en cours, outre les travaux de réhabilitation de la Halle aux Sucres commencés fin 2011, le Môle 1 a reçu un parking relais (P+R) qui permet de se garer gratuitement et de se rendre au centre-ville grâce à une navette.

Un bâtiment « hautes performances »

Conçue et réalisée selon une démarche HQE (haute qualité environnementale), la Halle aux Sucres se veut être un exemple concret de bâtiment réalisé dans le respect des préceptes de la ville durable. Les larges surfaces vitrées permettent d’illuminer au maximum les espaces par la lumière naturelle, permettant de réduire les besoins d’éclairage. La conception a également pris en compte le confort hygrométrique, l’isolation acoustique et la qualité de l’air.

Les toits et murs ont été isolés, tandis la construction de quatre niveaux dans un bâtiment qui en comptait trois a permis de disposer de volumes compacts, garants d’une meilleure efficacité énergétique. Deux pompes à chaleur sur boucle d’eau de mer assurent la totalité des besoins en chauffage et en rafraichissement. La ventilation est réalisée par des centrales de traitement d’air double flux, permettant de diminuer les pertes en énergie.