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Histoire et théologie des relations judéo-chrétiennes : un éclairage croisé

Journée d’étude organisée par Olivier Rota

Le 27 septembre 2013, Université d’Artois, Arras, Maison de la Recherche.

Une profonde relecture de la dissociation judéo-chrétienne s’opère depuis une dizaine d’années en milieu anglo-américain. Cette relecture s’insère dans un mouvement général de révision de l’histoire des relations judéo-chrétiennes commencé il y a un siècle. Elle en constitue une étape majeure et se caractérise par une prise de distance des narratifs historiques hérités des constructions théologiques.

Une nouvelle historiographie œuvre à restituer au christianisme des origines sa judéité et interroge les limites entre ce qui deviendra avec le temps « le judaïsme » et « le christianisme ». De plus en plus, le christianisme est considéré dans la lignée de ce qui l’a précédé et lui donne sens : la tradition judéenne/juive à partir de laquelle il se construit. Cette nouvelle appréciation des origines chrétiennes impose d’évaluer d’un même regard la naissance du judaïsme rabbinique. Se dégage ainsi une vision beaucoup plus fine des relations de proximité et de distance, de filiation et de concurrence, entre ces deux traditions nées du judaïsme antique : le judaïsme rabbinique et le christianisme.

Ces bouleversements dans la manière d’appréhender le judaïsme et le christianisme des premiers siècles de notre ère se répercutent sur les études des siècles postérieurs. Fruit de la repolarisation des hypothèses historiographiques, un schéma de concurrence et d’influence réciproque se révèle. Ce nouveau schéma nuance et conteste le schéma précédent d’une société de persécution (des Juifs par les chrétiens).

Cette réécriture de l’histoire prend place dans un temps donné. Elle intervient dans le sillage des catastrophes de la Seconde Guerre mondiale et dans celui du dialogue théologique qui anime Juifs et chrétiens depuis soixante ans. En retour, cette nouvelle historiographie contribue à colorer la théologie des relations judéo-chrétiennes.

Distancié des grandes constructions théologiques, cette nouvelle historiographie cautionne ainsi un nouveau départ dans l’écriture théologique.

Ces changements importants imposent de faire le point sur la manière dont nous écrivons aujourd’hui l’histoire des relations judéo-chrétiennes. Et de poser la question des relations entre histoire et théologie des relations judéo-chrétiennes.

Programme de la journée

De nouvelles connaissances historiques

Marc Rastoin (Centre Sèvres) : Réévaluer la dissociation judéo-chrétienne aux origines

Claire Soussen (Université de Cergy-Pontoise) : Connaissance et utilisation de l’autre dans la polémique judéo-chrétienne à la fin du Moyen-âge

De nouvelles relations entre théologie chrétienne et histoire

Yves Chevalier (Université de Tours) : Jules Isaac, l’enquête historique au service d’une nouvelle théologie chrétienne ?

Olivier Rota (Université d’Artois) : Séparer histoire et théologie des relations judéo-chrétiennes pour mieux les éclairer l’une l’autre ?

Philippe Loiseau (Université Catholique de l’Ouest) : Influence des connaissances historiques sur la pratique de l’exégèse et de la théologie chrétiennes actuelles

De nouvelles pistes de la pensée juive

Jean Dujardin (Collège des Bernardins) : Évolution possible de la pensée juive

Hervé élie Bokobza (enseignant du judaïsme au Centre communautaire de Paris) : Un regard neuf sur Jésus à partir d’une approche rabbinique

Faits Religieux